Parcours
A propos de l'oeuvre peint
Le paysage de montagne et tout spécialement celui du Mont Mezenc en Haute-Loire s'impose comme un leitmotiv dans l'œuvre peint et gravé de Jean-Luc Lacombe. Il l'avoue bien volontiers. Cela fait plus de vingt ans que l'artiste a jeté son dévolu sur cette montagne, le chapeau volcanique du département, et ses vastes plateaux herbeux s'étalant à près de mille mètres d'altitude. Et c'est au cœur de cette nature sauvage, presque encore intacte, qu'il accomplit l'essentiel de son œuvre pictural au rythme des saisons.

Dès le printemps, Jean-Luc Lacombe rejoint là-haut sa petite ferme de Mezenchon blottie au pied du Mont Mezenc où il a installé son atelier de campagne. Certains peintres partent en voyage, d'autres choisissent l'estive !

Si vous vous baladez là-haut, vous le croiserez peut-être au détour d'un sentier, muni d'un sac à dos dans lequel il transporte son matériel de peintre. Il arpente les versants de la montagne, jour après jour, tel un pèlerin obstiné, avant de nous en révéler sur du papier épais les multiples "facettes". Son acharnement n’est pas seulement un rituel mais bien aussi une prouesse !

Cette montagne est devenue pour lui une véritable figure tutélaire. De cette source d'inspiration intarissable sont nées de nombreuses gravures en taille-douce dont tout un portfolio de Vues du Mont Mezenc, et bien sûr ses tableaux colorés, travaillés sur le vif - et il convient même de dire "à l'air vif". Sous sa main et la caresse des vents apparaissent sur ses feuilles de papier rugueuses des paysages heureux, amalgame d'aquarelle, d'un soupçon de gouache, d'encre terreuse et de pastel. Beaucoup de peintures et de gravures de Lacombe décrivent ainsi des pâturages verdoyants où les arbres sont rares, parfois caillouteux, parsemés de jonquilles, de gentianes. Ils dépeignent aussi des horizons bosselés ou des étendues fuchsias remplies d'épilobes à l'été, des perce-neige perdues dans les herbes folles. Cette nature est grandiose et on n’y voit nulle présence humaine, si ce n'est indirectement par la représentation des vieilles bâtisses trapues qui restent encore accrochées à la montagne dans le tourbillon du vent...

Le brouillard d’avril à Fazende, Perce-neige à Saint-Bonnet, La petite maison près du Gachas, La Marceline et les Plantins... Pour tous ceux qui ne sont pas familiers avec le nom de ces localités, les titres de ses œuvres sonnent à notre oreille comme une bucolique. Souvent de larges dimensions, ses tableaux offrent une vue panoramique qui peut se découper en diptyque, en triptyque, être étirée en hauteur comme une estampe japonaise.... Lacombe n'hésite pas à sortir des conventions et expérimente toutes sortes de formats originaux pour le genre paysager.

Ce peintre sait aussi surprendre notre œil par le choix audacieux de sa palette - la prairie traitée en aplats monochromes n'est pas sans rappeler les expressionnistes allemands ou les précurseurs de l'art abstrait. Cet artiste nous propose-t-il une nouvelle synthèse entre la représentation figurative et l'art de la monochromie ? À l'évidence, il ne cherche pas à se soustraire aux enjeux de l'art contemporain et ses peintures de paysages quasi-monochromes n'ont vraiment rien de banal. Il en va de même de ses tableaux de natures mortes qui prennent le pas dans son travail sur le thème du paysage, pendant la saison d'hiver, saison morte, lorsque le peintre redescend à la ville. Il aime peindre des bouquets de fleurs, des compositions de fruits et de pots anciens, des bouteilles, le four de sa maison... des objets ordinaires, beaux et usés mais débordant de nostalgie. Sur un coin de table, un verre est posé à l’envers sur le goulot d’une bouteille. Il est prêt pour resservir dans la journée quand passeront d’autres invités... Le superbe triptyque Nature morte aux bouteilles bleues nous rappelle la convivialité d’autrefois. Si la nostalgie était une couleur, alors peut-être serait-elle un bleu pareil à cette peinture ? On imagine autour de ce coin de table, la maison accueillante, la quiétude de ses habitants, la vie simple des gens… La simplicité se lit encore dans la gravure à la pointe sèche et l’eau-forte d’une simple écuelle. Cette fois, Jean-Luc Lacombe s’est servi d’un morceau de chéneau en zinc-titane comme plaque. On notera à cet égard que notre artiste aime bien travailler les objets bruts qui tombent sous sa main, et surtout les matériaux naturels comme la pierre et le bois. En sculpture, il a transformé un morceau de frêne en Bidon d’huile. Il a aussi sculpté le marbre et la pierre volcanique (trachyte). Il choisit toujours la taille directe, un procédé osé, sans possibilité de repentir. Il taille, boucharde, enduit, polit la pierre jusqu’à lui donner une forme généreuse qui fait penser dans certains cas à une vénus préhistorique. La figure humaine, quasi-absente en peinture, reprend un peu ses droits dans ses sculptures. Images de la générosité féminine, Lacombe leur a parfois donné le titre de Rébecca, du nom de cette beauté biblique d’une générosité exemplaire.

Comment alors ne pas être touché par toute cette poésie des formes ? Par la générosité de sa palette de couleurs ? Par cette humilité d'un peintre en communion avec la nature et avec le temps ? Et enfin, par cette sincérité ? Au fil des ans et des expositions, l'œuvre de Jean-Luc Lacombe s'en révèle une brillante démonstration qui chaque fois se renouvelle et nous surprend !
Marie-Jo Vaissaire-Vidalinc